« Le green c’est l’affaire de tous »

L’entreprise DIM au rayonnement mondial connait ces jours-ci des changements majeurs puisqu’elle a été rachetée par un fonds de pension américain. L’équipe de Newspro&co a été reçue par  Laurent Massotte, directeur de secteur Recherche et Développement chaussant de l’entreprise. Propos recueillis par Lili-Marie et Anaïs

Laurent Massotte travaille au service R&D de DIM à l’usine de Saint Andoche d’Autun. Son unité travaille sur la fabrication de collants green. Photo : Anaïs

Newspro&co : Pourquoi avoir choisi de produire une gamme éco-responsable ?

Laurent Massotte :  C’est une démarche marketing et une demande du marché. Il y a une réelle volonté de développement durable dans la société. Tout le monde veut s’engager pour la planète. Nous aussi.

N&C  : Y a-t-il une différence de fabrication entre un produit traditionnel et un produit de la gamme green ?

L. M. : Non, tout est pareil dans la production, nous utilisons les mêmes modes de production, les mêmes machines et mêmes teintes. Les produits green n’ont pas de traitement de faveur. La seule différence tient aux fils qui sont recyclés à 90 % et qui coûtent plus chers.

N&C  : Quelle est l’origine de la matière première du produit ?

L. M. : Le collant green est constitué de fils recyclés. Ils proviennent de granules de propylène  issus de la pétrochimie servant à faire les fils synthétiques comme le  polyester par  exemple.  Les fils ont déjà fait un cycle de recyclage, ce qui justifie le prix plus élevé. Dans cette gamme green, 90% de la matière est recyclée.

N&C  : La question que tout le monde se pose : est ce que les collants green sont plus résistants ? Y-a-il une obsolescence programmée ?

L. M. : Non, les produits green ne sont pas plus résistants, mais ne le sont pas moins non plus. Plus personne ne voudrait enfiler les collants rêches de nos grands-mères qui feraient l’effet d’une vraie râpe ! Ils étaient en nylon avec peu de brins : du fil de pêche.  Aujourd’hui les fils en polyamide sont constitués de 5 à 10 brins pour un article transparent et donnent plus de douceur, de brillance. Concernant la question sur l’obsolescence programmée des collants, je répond non à  200 %. On ne peut pas faire des collants fins sans des fils fins.

Ce sont les mêmes modes de production, les mêmes machines et mêmes teintes qui sont invariablement utilisées pour la fabrication de collants greens et non greens. Photo Anaïs

N&C  : Vous proposez uniquement les produits green en nude et en noir. Vous ne savez pas faire d’autres couleurs ?

L. M. : Non pas du tout. Nous serions capables techniquement de proposer des produits de toutes les couleurs mais nous répondons à la demande dans un souci de rentabilité. Concernant tous nos produits green ou pas, nous avons fait d’énormes progrès car tous les produits clairs sont certifiés sans métaux lourds. Par contre, pour les coloris noirs, nous n’arrivons pas encore à nous affranchir de ces métaux lourds même si on sait comment faire. Le problème est que cela nécessiterait beaucoup plus d’eau et d’électricité.

N&C  : Vous avez donc besoin de la chimie pour élaborer vos produits. N’avez-vous pas une autre solution respectueuse de l’environnement ?

L. M. : Oh, si. Le Polyamide 11 ou castor oil ! C’est l’huile de ricin. A partir de là, on est  capable de faire des fils sans pétrole. Mais il y a une forte pression sur la ressource donc la mode du chaussant passe en dernier. De plus, c’est cinq fois plus cher que le polyamide. La cliente serait-elle prête à payer un collant cinq fois plus cher? Pour l’instant la réponse semble être non.

N&C  : Combien de temps vous faut-il  pour concevoir un nouveau produit ?

L. M. : Le temps de la R & D dépend de la complexité du prototype. En contexte favorable cela prend environ six mois pour proposer un prototype industrialisable avec un coût défini. Sous certaines contraintes comme trouver de nouveaux fils, cela peut prendre jusqu’à un an.  Durant cette phase de travail on échange en anglais avec le service marketing pour parler du slip, de la douceur, de la brillance. On répond aux demandes et on est force de proposition. Nos fournisseurs  présentent de nouveaux fils qui donnent naissance à de nouveaux produits.

N&C  : « Dim travaille sur des projets stratégiques visant à permettre le recyclage de vos produits ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

L. M. :  Nous travaillons en sous-traitance avec Terracycle. Cette entreprise nous met en relation avec des sociétés de recyclage. Nous leur envoyons nos déchets, par exemple les chutes de matière lors de la confection. Eux cherchent à les valoriser. Nous avons également des partenaires pour recycler nos collants comme Carrefour qui  disposent dans leurs magasins des bacs de recyclage. Mais si la cliente jette ses collants à la poubelle, cette démarche ne fonctionne plus. Le green c’est bien l’affaire de tous.

N&C  : Avez-vous de bons retours sur vos produits « green » ?

2 M. :  En terme de chiffres : sur 31 millions de collants vendus, seuls 400 000 collants green ont été achetés, soit 1.3%. Donc pour l’instant la réponse est clairement non.  Mais la question est de savoir si les clients sont prêts à sauter le pas et à se lancer dans le green qui a un coût plus élevé que les collants classiques. Mais l’entreprise est présente, on ne lâche pas le créneau. On réfléchit pour être là quand la cliente aura la lumière green.

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